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6 août 2020 Surveillance du télétravail dans le secteur public : nouvelle recherche d'Étienne Charbonneau

L'étude, qui sera publiée dans le numéro de septembre de la revue Public Administration Review, s'est concentrée sur l'utilisation de nouvelles technologies conçues pour aider les employeurs du secteur public à surveiller les employés.

Réalisée par le professeur Étienne Charbonneau et son collègue Carey Doberstein de l’Université de la Colombie-Britannique, la nouvelle recherche conclut que l’utilisation de ces nouvelles technologies est considérée par le public comme déraisonnable et intrusive.

La pandémie COVID-19 a accéléré la tendance au travail à distance qui rend plus difficile que jamais la supervision du personnel par les employeurs. Une grande partie du secteur public s'est déplacée vers le travail à distance, et les responsables du secteur public peuvent maintenant envisager le même type de mesures de surveillance que celles qui ont été adoptées dans certaines parties du secteur privé. Parmi les exemples, on peut citer les logiciels qui photographient les employés depuis leur ordinateur à des intervalles aléatoires, les logiciels qui enregistrent les mouvements de la souris, et l'intelligence artificielle qui analyse les mots clés des messages électroniques pour évaluer le moral du personnel.

Les chercheurs ont interrogé un échantillon représentatif de plus de 3 000 Canadiens en ligne et par téléphone, en plus d'un échantillon distinct de 346 personnes qui travaillent au sein des gouvernements fédéral et provinciaux. Les participants ont été invités à évaluer les 12 différentes technologies en ayant à l'esprit un travailleur social ou un percepteur d'impôts comme cible de la surveillance.

Selon les personnes interrogées, les technologies les plus répréhensibles sont :

• les caméras cachées pour mesurer le moment des pauses et les mouvements dans le bureau;

• une carte d’employé qui analyse le discours de l’employé à travers le volume et le ton de sa voix, qui note le temps passé avec des collègues et suit son parcours durant la journée;

• la prise de photo aléatoire à partir de son ordinateur.

Les moins répréhensibles sont :

• les applications de bien-être qui surveillent l'activité physique ou les pratiques de lavage des mains;

• des rapports sur l'utilisation de l'Internet sur les sites Web visités et le temps passé.

L'étude a révélé que les jeunes participants de 18 à 30 ans, bien qu'ayant grandi à l'ère de la surveillance numérique via les médias sociaux, étaient moins réceptifs que leurs aînés. Cela suggère qu'une partie croissante de la main-d'œuvre pourrait être prête à contester les atteintes à la vie privée de la part de leurs employeurs.

Les juges et arbitres de griefs sont assez permissifs dans leurs interprétations de ce qui est raisonnable. La manière dont ils catégorisent ce qui est raisonnable provient de leurs intuitions sur l’avis d’un Canadien moyen. En sondant les Canadiens, l'article permettra de déterminer les outils de surveillance qui sont jugés intrusifs et déraisonnables.

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