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25 janv. 2011 Jean-Pierre Raffarin : pour un leadership humaniste

Monsieur Jean-Pierre Raffarin
Cohérence et humanisme. À l'heure où s'accroissent la complexité des enjeux mondiaux et le désenchantement global des citoyens à l'égard des institutions politiques, ces maîtres-mots devraient guider l'action des leaders politiques contemporains, selon le sénateur de la Vienne et ancien premier ministre de la France Jean-Pierre Raffarin. À l'invitation du GERFI et de la Chaire La Capitale en leadership dans le secteur public, monsieur Raffarin a insisté sur l'importance d'un leadership éthique dans le cadre de la conférence « La puissance publique et l'ordre mondial » qu'il a prononcée à l'amphithéâtre de l'ENAP le 20 janvier dernier.

La grogne populaire à laquelle est confronté le pouvoir politique est quasi-planétaire. Au dire de celui qui a été premier ministre de la France de 2002 à 2005, c’est notamment en incarnant des valeurs humanistes qu’un leader politique acquiert sa légitimité auprès des citoyens. De plus, un leader d’avenir doit aussi fuir « la tentation manichéenne », une conception du monde réductrice et sans nuance qui veut que les choses soient bonnes ou mauvaises.

C’est sensiblement dans cette même perspective que le sénateur de la Vienne pense que les leaders occidentaux devraient s’ouvrir davantage à la pensée politique chinoise, et ce, en dépit des critiques dont elle fait souvent l’objet. « Les Chinois ne connaissent pas la vérité au singulier : le bien et le mal sont ensemble. Ils sont toujours en pensée relative alors que nous, ancrés dans un esprit cartésien, cherchons une pensée absolue. Cette force chinoise, il faut que nous l’intégrions dans nos réflexions. Il y a du bon et du mauvais et il faut les minimiser. En d’autres termes, il y a des sujets où il faut s’habituer à une absence d’absolu. »

Un leadership éthique en trois temps

Selon monsieur Raffarin, un leadership éthique s’appuie sur trois valeurs fortement inspirées par la pensée humaniste. Tout d’abord, affirme le sénateur de la Vienne, « le leader doit affirmer le respect des publics qu’il représente et auxquels il s’adresse. » Fondamental, le respect est la première valeur qui confère au leader sa légitimité.

Deuxièmement, poursuit l’homme politique français, le leader doit privilégier la valeur d’équilibre. Ses fonctions l’amènent à arbitrer des réalités complexes et il est de son devoir de tenir compte des intérêts divergents des divers groupes de la société. « Même s’il décide d’une direction, explique monsieur Raffarin, il doit exposer qu’il y a d’autres directions qui existent et qui ont été étudiées. »

Troisièmement, un chef efficace doit avoir une capacité de dépassement de sa propre personne. « Il faut qu’il comprenne que sa fonction a des horizons qui le dépassent. Un leader a aussi la responsabilité de présenter une vision du monde, un projet. Il doit mettre en mouvement cette vision pour ensuite valider la cohérence entre le mouvement et le chemin. »

Monsieur Raffarin affirme également qu’un projet politique défini contribue à protéger le leader de certains groupes de pression : « Si on ne présente pas de perspective globale, on est sous la pression des égoïstes et au lieu de proposer l’autonomie, on propose l’atomisation. »

Enfin, l’homme politique français soutient que le réenchantement politique des citoyens ne repose pas sur quelques mesures techniques. Il s’inscrit dans la cohérence de l’action d’un leader qui garde le cap sur une perspective du monde empreinte de valeurs humanistes : « Ce que nous avons de mieux, c’est notre nature humaine... Alors il faut la libérer », conclut l’ancien premier ministre de la France.