L’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) a confié à l’École nationale d’administration publique (ENAP) le mandat d’effectuer une recherche pour relever et documenter les bonnes pratiques dans un important domaine des interventions gouvernementales : l’entretien des infrastructures publiques.
L’objectif du mandat? Mettre en lumière les pratiques et les outils de gestion performants et transférables, susceptibles de soutenir les personnes décideuses au Québec dans l’amélioration durable de l’entretien des infrastructures publiques. Les résultats de la recherche de l’ENAP ont servi à alimenter la réflexion de l’OIQ sur ces questions et à la rédaction d’un rapport contenant différentes propositions, rendu public en janvier 2026.
Mené par une équipe de la vice-présidence aux services-conseils de l’ENAP, le projet s’est concrétisé grâce aux collaborations intersectorielles.
Dès le début, il a été essentiel pour nous de mettre en place une structure collaborative importante. Nous voulions réunir à la fois une équipe de recherche, un comité scientifique professoral aux expertises variées et une équipe de l’Ordre des ingénieurs du Québec. C’est la richesse de ces différents groupes qui nous ont permis un résultat aussi intéressant que pertinent.![]()
Le projet a pu compter sur un comité scientifique professoral composé du professeur de l’ENAP et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en management public comparé, Étienne Charbonneau, de la professeure de HEC Montréal, Maude Brunet, du professeur de l’Université Laval, Pierre-André Hudon, et du professeur de l’École de technologie supérieure (ÉTS), Gabriel Jobidon.
Comparer, analyser et répertorier les pratiques
Pour effectuer le mandat, une démarche comparative s’est structurée autour de cinq dimensions d’analyse. La gouvernance encadrant la préservation des infrastructures publiques, les méthodes de priorisation des projets de maintien et la planification budgétaire en sont des exemples.
Puisque le mandat prévoyait la réalisation d’une recherche sur les meilleures pratiques répertoriées chez des organisations internationales, des documents produits par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Banque mondiale, ou encore Infrastructure Canada ont été consultés et analysés. Ce volet de la recherche a servi à enrichir l’analyse et à contextualiser les résultats observés dans les cas étudiés. Les administrations publiques examinées sont les provinces du Québec, de l’Ontario et de l’Alberta, puis le Royaume-Uni, la Norvège et l’État de Victoria en Australie.
La gouvernance des infrastructures au Québec
Au palier provincial, la gouvernance des infrastructures publiques du Québec est encadrée par la Loi sur les infrastructures publiques (2013). Le Secrétariat du Conseil du trésor (SCT) joue un rôle central et transversal : il prépare et coordonne le Plan québécois des infrastructures (PQI) à partir des orientations soumis par les ministères et les organismes. Les municipalités sont propriétaires de leurs infrastructures (routes, eau, bâtiments, etc.) et sont, de ce fait, responsables de leur maintien et de leur financement.
Pour en savoir plus sur les administrations publiques citées, consultez le rapport Modèles pour une gestion adéquate du maintien des infrastructures publiques.
Risques et recommandations
L’inaction gouvernementale se révèle être l’un des facteurs d’aggravation importants de la détérioration des infrastructures publiques. De plus, l’étude démontre que l’absence d’un portrait exhaustif du déficit de maintien des infrastructures publiques est un obstacle majeur à la mise en place de solutions efficaces et cohérentes. Un manque qui apparaît dans chacune des provinces du Canada et dans les pays qui ont servi à l’analyse comparative.
Parmi les enjeux relevés dans le rapport, soulignons :
- Un déficit significatif dans l’entretien des infrastructures publiques
Le rapport souligne que le déficit de maintien des infrastructures publiques est important et croissant dans l’ensemble des provinces, états ou pays étudiés. Ce déficit réduit leur résilience face aux changements climatiques. - Une gouvernance qui manque de clarté et d’efficacité
Les cadres institutionnels étudiés montrent que, même si des structures existent, la répartition des responsabilités et la coordination entre les acteurs ne sont pas toujours claires. Cela nuit à une gestion proactive des infrastructures et limite la capacité des décideurs à agir de façon stratégique. - Un portrait de la situation incomplet et fragmenté
Aucune des administrations examinées ne possède un portrait complet de l’état des infrastructures publiques et du déficit de maintien. Au Québec, les données disponibles sont souvent partielles, excluant le portrait municipal, ce qui nuit à la transparence et à la capacité de prise de décision fondée sur des informations fiables. En effet, sans ces données, il est difficile de planifier ou de prioriser efficacement les interventions.
En comparaison avec les autres provinces, états ou pays, le Québec ne se distingue pas particulièrement négativement sur le plan du cadre de gouvernance des infrastructures publiques ; sur papier, il est comparable à celui d’autres pays ou provinces, et parfois plus cohérent. Toutefois, seule une volonté politique claire de reconnaître pleinement l’ampleur du déficit de maintien d’actifs et d’y consacrer les ressources budgétaires nécessaires permettra de le résorber; sans ces conditions, aucun cadre de gouvernance, aussi solide soit-il, ne pourra y parvenir.
Ce mandat que nous a confié l’Ordre des ingénieurs du Québec a été particulièrement intéressant pour l’équipe. L’étude est d’autant plus importante que des éléments clés ont été utilisés pour leur rapport.![]()
Aucune des administrations étudiées n’a de vision claire de l’étendue du déficit pour tous les types d’infrastructures, à tous les paliers gouvernementaux – étatique, provincial, municipal –, et pour l’ensemble des secteurs – transport, santé, éducation, etc. Cela entraîne une méconnaissance publique de l’ampleur du défi que représente la réduction du déficit. En l’absence de données fiables, complètes et transparentes sur ce manque, les interventions publiques sont fragmentaires, incohérentes, inefficaces et susceptibles d’être teintées politiquement.
Extrait du rapport de l’ENAP
Le cas du Québec
Au-delà des bonnes pratiques que l’équipe de recherche a répertoriées, il était impossible de ne pas mentionner des éléments clés à améliorer.
- Mise en place d’un cadre de gouvernance plus efficace et transparent
Le rapport recommande d’améliorer la gouvernance en clarifiant les responsabilités, en renforçant la coordination intergouvernementale et en établissant des mécanismes formels de reddition de comptes pour le maintien des actifs publics. - Documenter systématiquement le déficit de maintien d’actifs
Il est proposé de créer un cadre pour dresser un portrait complet, à jour et public, du déficit de maintien d’actifs sur tous les types d’infrastructures et à tous les niveaux d’administration. Cela suppose l’unification des méthodes de collecte de données et la tenue de tableaux de bord publics. - Séparer le financement pour l’entretien de celui des nouvelles constructions
Il est recommandé de séparer les enveloppes budgétaires destinées au maintien des actifs de celles pour de nouveaux projets, et de stabiliser le financement à long terme pour assurer que l’entretien ne soit pas relégué au second plan.
Point positif à l’horizon : il est possible de faire mieux! Les institutions québécoises disposent des compétences techniques nécessaires. Il faut maintenant une volonté politique claire de reconnaître pleinement l’ampleur du déficit de maintien d’actifs et le financement conséquent afin d’améliorer réellement la gestion des infrastructures de la province.
Le rapport Agir maintenant pour éviter la f(r)acture de demain, présenté par l’OIQ en janvier 2026, s’appuie, entre autres, sur l’étude menée par l’ENAP: Modèles pour une gestion adéquate du maintien des infrastructures publiques. Fruit d’une vaste consultation provinciale auprès de parties prenantes clés, incluant des municipalités, des ministères, des expertes et des experts en infrastructures et l’industrie, ces travaux ont pour objectif de miser sur les meilleures pratiques pour trouver des solutions durables face à la crise des infrastructures publiques au Québec.
Équipe de recherche de l’ENAP
- Olivier Roy : directeur du développement des organisations et de la coopération internationale – gestion contractuelle et coordination générale du mandat
- Vénétia Sauvain : conseillère aux organisations et coordonnatrice de l’équipe Conseils et performance aux organisations – coordination générale du mandat
- Alexandru Gurau : agent de recherche – coordination de la recherche, de l’analyse documentaire et de la rédaction des livrables
- Olivier Ferland : agent de recherche – recherche, analyse documentaire et rédaction
- David Harvengt : conseiller aux organisations – recherche, analyse documentaire et rédaction
- Matthieu Moreau : agent de recherche – recherche, analyse documentaire et rédaction
- Chantal Lafrenière : technicienne en administration – soutien technique
- Nathalie Tremblay : chef d’équipe et technicienne en administration – soutien technique
- Patricia Caron : réviseure linguistique – révision linguistique des livrables